Samedi, 26 juillet 2008
Bel exemple de convergence
On nous demande parfois de « décliner » une campagne en Web. Le client s'attend alors à reconnaître une image de sa télé et un titre en jaune et bleu comme sur son feuillet de vente.
J'appelle ça de la convergence de salle de conférence. À la revue annuelle, quand on affiche toutes les pièces produites sur l'immense babillard, l'unité est évidente. Et si on plisse un peu les yeux, on dirait que c'est la même pub reproduite en série. Wow...
Le principal avantage du look identique est d'augmenter l'attribution de marque. On reconnait l'affiche Telus sur une poubelle de l'autre côté de la rue. On ne lit pas le titre, on n'est pas certain si c'est une grenouille ou un lézard, mais on est certain que c'est une pub Telus. Noble exploit. Cette campagne de Taxi est souvent citée en exemple comme grande réussite publicitaire justement à cause de son USL : Unique Selling Language.

Il me semble que c'est cher payé.
Cette approche d'un look unique repose sur une échelle de valeurs un peu particulière. Il est moins important d'être pertinent pour les consommateurs et les messages spécifiques à véhiculer qu'il ne l'est pour la marque. Notre peur que les gens ne se souviennent pas de l'annonceur outrepasse notre sens commun. L'attribution est essentielle, mais il y a d'autres moyens moins contraignants de s'en assurer.

Je suis allé voir l'exposition de Sophie Calle, Prenez soin de vous, au centre d'art contemporain DHC hier.
Voici le contexte de l'expo : Sophie sortait avec un gars qui décida de rompre avec elle via courriel. Sa missive se terminait par « Prenez soin de vous ». Elle l'a prise au pied de la lettre, littéralement, et a demandé à 107 femmes d'interpréter le texte en question. L'expo est la représentation des interprétations proposées par une correctrice d'épreuves, une anthropologue, une danseuse, une avocate, etc. Il y a des photos, des bandes vidéo, des dessins. Sophie Calle a fait quelques portraits de ces femmes en lectrices. Le tout est assez fascinant, un peu hypnotique. Je recommande.
Revenons à la convergence. Dans cet expo la forme est éclatée. Il n'y a pas un look qui survit d'une pièce à l'autre. Il y a peut-être cette lettre blanche qu'on retrouve souvent, mais pas toujours. Pourtant, toutes ces femmes uniques, différentes d'énergie et de propos sont réunies. Elles font partie d'une même narration. Inutile de voir toutes les pièces, encore moins de toutes les aimer, pour comprendre la « marque » Sophie Calle et le « message » de la rupture lâche de cet homme.
Le projet de Sophie Calle réussit à réunir ces pièces comme le projet d'un annonceur pourrait le faire avec toutes ses pièces de communication. En permettant à chaque pièce isolée de prendre son envol, de trouver sa voix, l'annonceur en viendrait à respecter chacun des consommateurs tout en livrant les propos pertinents et nécessaires.
La notion de médias de masse se trouve, encore une fois, remplacée par celle de masse de médias.
J'appelle ça de la convergence de salle de conférence. À la revue annuelle, quand on affiche toutes les pièces produites sur l'immense babillard, l'unité est évidente. Et si on plisse un peu les yeux, on dirait que c'est la même pub reproduite en série. Wow...
Le principal avantage du look identique est d'augmenter l'attribution de marque. On reconnait l'affiche Telus sur une poubelle de l'autre côté de la rue. On ne lit pas le titre, on n'est pas certain si c'est une grenouille ou un lézard, mais on est certain que c'est une pub Telus. Noble exploit. Cette campagne de Taxi est souvent citée en exemple comme grande réussite publicitaire justement à cause de son USL : Unique Selling Language.

Écran de veille de Telus reproduit 28 fois
Il me semble que c'est cher payé.
Cette approche d'un look unique repose sur une échelle de valeurs un peu particulière. Il est moins important d'être pertinent pour les consommateurs et les messages spécifiques à véhiculer qu'il ne l'est pour la marque. Notre peur que les gens ne se souviennent pas de l'annonceur outrepasse notre sens commun. L'attribution est essentielle, mais il y a d'autres moyens moins contraignants de s'en assurer.

© Sophie Calle
Je suis allé voir l'exposition de Sophie Calle, Prenez soin de vous, au centre d'art contemporain DHC hier.
Voici le contexte de l'expo : Sophie sortait avec un gars qui décida de rompre avec elle via courriel. Sa missive se terminait par « Prenez soin de vous ». Elle l'a prise au pied de la lettre, littéralement, et a demandé à 107 femmes d'interpréter le texte en question. L'expo est la représentation des interprétations proposées par une correctrice d'épreuves, une anthropologue, une danseuse, une avocate, etc. Il y a des photos, des bandes vidéo, des dessins. Sophie Calle a fait quelques portraits de ces femmes en lectrices. Le tout est assez fascinant, un peu hypnotique. Je recommande.
Revenons à la convergence. Dans cet expo la forme est éclatée. Il n'y a pas un look qui survit d'une pièce à l'autre. Il y a peut-être cette lettre blanche qu'on retrouve souvent, mais pas toujours. Pourtant, toutes ces femmes uniques, différentes d'énergie et de propos sont réunies. Elles font partie d'une même narration. Inutile de voir toutes les pièces, encore moins de toutes les aimer, pour comprendre la « marque » Sophie Calle et le « message » de la rupture lâche de cet homme.
Le projet de Sophie Calle réussit à réunir ces pièces comme le projet d'un annonceur pourrait le faire avec toutes ses pièces de communication. En permettant à chaque pièce isolée de prendre son envol, de trouver sa voix, l'annonceur en viendrait à respecter chacun des consommateurs tout en livrant les propos pertinents et nécessaires.
La notion de médias de masse se trouve, encore une fois, remplacée par celle de masse de médias.
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Complètement d'accord. Les canaux sont ultra fragmentés, les attentes des cibles / utilisateurs différentes d'une page à l'autre. Nous ne sommes plus dans la phase "déclinaison" mais dans une approche d'"adaptation". Il faut, à partir d'un message cohérent (et simple, comme celui de Sophie Calle), concevoir des communications multicanales modulables, avec des supports capables de vivre indépendamment des autres tout en respectant l'essentiel du sens. Ca vaut pour le texte (on parle en édition web de modularité), je suis certain, comme vous, que ça vaut pour le reste...
Tout à fait d'accord, et bravo pour l'exemple de Sophie Calle qui résume à merveille notre situation. J'ajouterai également que ce concept de "déclinaison" qui serait synonyme de convergence présuppose que la rencontre marque/consommateur est similaire d'un média à l'autre. Or si l'on parle de web et d'affichage on est face à deux rencontres et interactions complètement différentes avec en particulier pour le web cette différence essentielle : c'est le consommateur qui va à la marque et non l'inverse. C'est pourquoi nous sommes si souvent confrontés à une impossiblité de décliner en web.
C'est pourquoi le web devrait faire partie intégrante de la conception de la stratégie de marque et non pas - comme trop souvent - arriver en fin de course pour convertir une affiche en bannière ou un spot TV en bannière rich-media...
C'est pourquoi le web devrait faire partie intégrante de la conception de la stratégie de marque et non pas - comme trop souvent - arriver en fin de course pour convertir une affiche en bannière ou un spot TV en bannière rich-media...
@ Ange
Oui, le défi est de justifier la dépense des différences manifestations du concept moteur, la modularité en étant une option à explorer davantage.
@ Isabelle
Vous avez raison. J'ajouterais par contre que le défi dépasse le Web vs le non-Web : la radia n'a pas à être la copie de la télé non plus.
Oui, le défi est de justifier la dépense des différences manifestations du concept moteur, la modularité en étant une option à explorer davantage.
@ Isabelle
Vous avez raison. J'ajouterais par contre que le défi dépasse le Web vs le non-Web : la radia n'a pas à être la copie de la télé non plus.
Ce qui m'a fasciné dans cette expo, c'est la façon dont toutes ces femmes se réapproprient l'histoire et les émotions qu'elle suscite. Même la petite fille de 9 ans qui n'a peut-être pas encore vécu de rupture amoureuse (quoique...) préssent que ça va mal finir. Comme quoi quand le message touche il touche tout le monde de façon différente.
Pour la redondance, elle est implicite. Même si la feuille de papier blanche ou la femme en pleine lecture revient systématiquement, il y a tout le travail de Sophie Calle qui tourne autour de l'intimité qu'elle décortique avec brio.("L'homme au carnet", "Les dormeurs", Double Blind", etc.). Une marque en soi, une marque forte comme tout ce qu'elle imprègne.
Pour la redondance, elle est implicite. Même si la feuille de papier blanche ou la femme en pleine lecture revient systématiquement, il y a tout le travail de Sophie Calle qui tourne autour de l'intimité qu'elle décortique avec brio.("L'homme au carnet", "Les dormeurs", Double Blind", etc.). Une marque en soi, une marque forte comme tout ce qu'elle imprègne.

